Edito de notre curé

Tout le monde en quarantaine !

Le “Pachacamac”, à distance du port, hisse le pavillon…. « Le signal de la quarantaine ! » s’exclame le capitaine Haddock. « C’est pour fêter l’anniversaire du commandant ? » demande avec maladresse l’un des Dupont. « Mettre un navire en quarantaine, marin d’eau douce, rétorque le capitaine, signifie le tenir à l’écart pendant un certain temps afin d’éviter la contagion ! » (Cf. Tintin, Le Temple du soleil).

 Mercredi 6 mars, nous autres chrétiens, nous allons aussi nous mettre en quarantaine, non pour éviter une quelconque contagion – bien sûr ! – mais pour cheminer, avec courage et par une vie baptismale de plus en plus fidèle, vers la Pâque. Les quarante jours du Carême, comme la traversée du désert, vont nous conduire, à travers combats, mirages, faims et soifs, vers une terre où fleurit la vie, vers un nouveau matin !

Se mettre en quarantaine, c’est saisir « le moment favorable » :

… favorable pour s’éprouver soi-même et se laisser éprouver par un Autre qui a connu l’épreuve avant nous.

… favorable pour affronter les peurs, les ténèbres et les tentations qui nous paralysent. “C’est la vie et la mort que j’ai placées devant toi. Choisis la vie afin de vivre !” (Dt 30,19)

… favorable pour contempler le visage d’un Dieu qui, en Jésus, s’est tellement fait l’un de nous jusqu’à être défiguré par la folie des hommes et réduit à ce qui n’est rien !… et se découvrir fils de ce Dieu-là dont la seule puissance est celle de l’amour qui sème la vie en nos propres corps meurtris.

Le Mercredi 6 mars 2019, nous entrerons donc dans cette quarantaine.

C’est bien joli pour nous de savoir cela, mais qu’est-ce que cela va changer pour notre vie? Comment ce carême peut-il être pour nous une force pour pardonner ou demander pardon ? Nous avons tous dans nos familles ou notre entourage des chantiers de réconciliation à faire avancer.

Ce carême ne serait-il pas l’occasion pour nous cette année de prendre un peu de temps pour prier pour cela. L’amour de l’autre que nous demande le Christ ce n’est pas l’amour à l’eau de rose. Pardonner ce n’est pas oublier. Mais ce n’est pas parce que l’on éprouve une résistance en soi, un blocage, que l’on n’est pas sur la voie du pardon. On ne pardonne pas d’un coup. Il faut du temps. Aimer ses ennemis ne veut pas dire leur faire des risettes, les trouver sympathiques. Ce serait de l’hypocrisie. Il nous est seulement demandé d’essayer de les voir comme Dieu les voit et de les aimer comme Dieu les aime. Et Dieu les voit au-delà du mal qu’ils font, il les aime au-delà.

On a parfois l’impression qu’avoir de la haine dans telle situation est libérant pour nous. Mais c’est l’inverse : le premier blessé par cette haine c’est nous-même. Et pourquoi est-ce que je me ferais du mal à moi ?

N’ayons pas peur d’entrer dans cette quarantaine avec le désir de renouer des relations rompues, d’essayer de regarder et de répondre à nouveau à celui que nous ignorons.

Ce ne sera sûrement pas facile, mais n’ayons pas de craintes car l’épreuve de la quarantaine n’est que l’ultime étape avant la joyeuse cinquantaine toute irradiée du Soleil de Pâques.

A tous, bonne montée vers la Vie !

Eric KRUPA, votre curé