Edito de notre curé

Quand l’hiver donne froid dans le dos ! 

En cette fin d’année voilà l’hiver qui revient, ce temps où les solitudes se font plus  pesantes. La nuit tombe si vite et dure si longtemps. Le froid invite à rester chez soi.

Ce froid et cette nuit semblent parfois nous narguer : « comment oses-tu croire encore au printemps, à l’amour, à un avenir plein de vie ?… Avec l’âge que tu as, la santé que tu as, les soucis que tu as, etc… est-ce bien raisonnable ? Un jour aussi ta vie va se figer. Un jour aussi ton corps se raidira. Et le monde continuera sans toi, jusqu’au jour où notre soleil s’épuisera lui aussi et où notre terre finira en planète gelée. »

Cette angoisse existentielle, les peuplades anciennes l’exorcisaient en invoquant leurs dieux lors du passage du solstice d’hiver. L’homme moderne que nous sommes n’échappe pas non plus à ce questionnement sur le sens profond de la vie. C’est toujours la même peur que nous cherchons inconsciemment à exorciser.

Alors au cœur de la nuit nous allons multiplier les lumières. A l’occasion des fêtes de fin d’année nous assisterons une fois encore à une boulimie de consommation (Je mange donc je suis !). A l’âge où les troupes commencent à s’éclaircir sérieusement, on fera des fêtes de Noël du 3ème âge pour garder bien vivant ce sentiment de faire toujours partie de la communauté. Certains, bien que loin de l’Eglise tout au long de l’année, viendront respirer un air de messe de Noël pour nourrir la nostalgie des Noëls de leur jeunesse, et se rassurer, que quand même, tout n’a pas foutu le camp ! Les cadeaux et les vœux que nous ferons et recevrons nous rassureront sur le fait que nous ne sommes pas oubliés, que nous comptons toujours pour d’autres. Bref, que  d’énergie et d’argent dépensés pour nourrir en nous ce besoin d’exister !

Or il y a quelque chose qui fait exister plus que tout : quand quelqu’un nous dit : « J’ai besoin de toi ». Ce qui change le plus une vie, ce n’est pas quand quelqu’un me dit « Je te téléphone cette semaine », mais quand quelqu’un me dit « Je viens demain ». C’est quand une autre vie s’invite dans la mienne ! Quand Roméo s’invite dans la vie de Juliette, quand un couple devient parents… L’enfant qui naît n’apporte pourtant ni argent, ni remèdes miracles. Au contraire, il donne des soucis nouveaux, demande du temps, dérange les habitudes, use notre patience… Mais qu’est-ce que ça change la vie !

Or Noël, c’est justement cela : Dieu qui s’invite chez les hommes, qui se met entre nos mains, et qui me dit : « J’ai besoin de toi ». Quelle réponse lui ferai-je ? Se contenter de lui envoyer un « coup de fil » de temps en temps, cela ne suffira pas à changer une vie, on le sait bien… Mais oserai-je faire plus ?

Eric KRUPA, votre curé